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Jean Ristat, Les Lettres françaises
[...] Dès les premières pages, le ton est donné, la voix posée. Et le lecteur est happé, fasciné par le charme envoûtant de la narration, sensible, forte et rapide. Rares sont les écrivains capables de rendre la magie de l'enfance avec une telle force. Je ne vois que Colette à qui la comparer, par exemple celle de la Maison de Claudine. Comme Colette, Marie-Noël Rio sait, parler de l'éveil de la sensualité. Elle évoque, dans des phrases sobres, concises, les menus objets, les trésors qui composent son univers : les cigarettes anglaises que fument la mère, « rangées dans une boîte de métal rouge », les livres de la collection Rouge et Or, les crayons, l'eau de Cologne, « les savons nacrés à l'odeur de lait, polis comme des cailloux roulés par la mer, les pots de verre bleus emplis de crèmes, de poudres impalpables, les houppes de duvet qui sont comme des caresses de l'air, sans poids, sans consistance dont la douceur me fait frémir ». Comme Colette, elle dit le bonheur, parfois violent et douloureux, de toucher, de voir, de sentir. [...]
On le voit, ce grand et beau livre développe une leçon morale et politique, jamais démonstrative. C'est l'oeuvre d'un écrivain avec lequel il faut désormais compter.
Bertrand du Chambon, Le Magazine des livres
Une auteure encore peu connue mais qui, je l'espère, grandira dans nos mémoires. J'avais reçu par voie postale plusieurs livres publiés par les Éditions du Sonneur, et j'avais lu le roman de Marie-Noël Rio, Pour Lili, paru en 2005, que j'ai trouvé simple et touchant. Par un heureux hasard, j'avais mis de côté, afin de le lire plus tard, le dernier roman de Marie-Noël Rio, Le Palmier en zinc, et je viens seulement de le redénicher, caché sous une pile de livres [...]. Et voici un bref roman de 140 pages. Ce Palmier commence fort : « Lui, c'est l'exécré. L'homme aux culottes blanches, à la saharienne blanche, au casque blanc, aux longues chaussettes, aux sandales blanches. L'homme à la peau tannée, aux cheveux noirs collés en arrière, à l'âme pourrie. Lui, il parle rudement aux nègres, dressé devant eux dans sa morgue immaculée, il montre les caisses, les camions du bout de sa cravache de cuir noirci qu'il ne quitte jamais, dont il caresse ses mollets gainés de fil, dont il cingle parfois un bras, une épaule, des reins. »
Cette tension va nous tenir en haleine durant tout le roman. La petite fille obsédée par sa mère, gorgée d'une haine farouche contre un père odieux, tourne en rond dans une Afrique fantôme où l'on n'aurait pas dû tenter de l'acclimater. Elle s'enfuit. [...]
J'ai dévoré ce livre d'une seule traite, ce qui ne m'était pas arrivé depuis belle lurette. Bon sang ! Cormac Mac Carthy et Marie-Noël Rio dans la même semaine ! L'année du Rat commence bien. Préparons-nous à lire navets et billevesées : les meilleurs livres sont déjà sortis.
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François Cérésa, Madame Figaro
Entre une mère adorée et un père détesté, il y a l'enfant. La narratrice. Marie-Noël Rio, dont le style a tantôt la sécheresse de la badine, tantôt la finesse de l'éventail. Afrique, début des années 1950. En pleine colonisation. Outre ce père tout droit sorti de Tintin au Congo, il y a la chaleur torride et les animaux rampants. Le père, c'est l'« exécré ». La mère, « Maman ». L'enfant cauchemarde: la momie de Rascar Capac vient la hanter comme dans Les Sept boules de cristal. C'est lent, lancinant, aussi étrange que cette Afrique où rien ne se déroule comme ailleurs. La haine semble avoir la puissance du lac Tanganyika. Un jour, pourtant, l'exécré prend l'enfant dans ses bras et lui dit : « Grandis bien, ma petite fille, travaille bien, je penserai à toi. » Il suffisait de quelques mots. Se tromper, c'est terrible. Et le départ, encore plus. La mère et l'enfant retournent en France, sans le père, dans une sorte d'exil qui, un jour, permettra à l'enfant d'évoquer ces liens qui l'unissent au continent noir. Vingt ans plus tard, elle se souvient. Son père, cette ferme africaine, une nostalgie qui n'en finit pas. Et cela, la nostalgie, Mme Rio, elle connaît. Son livre est superbe. On entend au loin la sirène d'un cargo, on se rappelle la cinéma Éden et l'on boit un dernier Blue Lagoon à la terrasse du Palmier en zinc.
Antoine Wicker, Dernières nouvelles d'Alsace
La violence et la sensualité du récit saisit et fascine d'emblée, les odeurs et couleurs, les émotions et sentiments y composent une ode puissante à l'Afrique en même temps qu'à l'humaine passion. Chronique somptueuse, à la fois délicate et sauvage, d'impudeur et discrétion mêlées, d'élégance encore une fois parfaite, et de puissance poétique et romanesque à chaque page remise en jeu, littéraire et aussitôt cinématographique.
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