Mont des Ourses
Émilie Devèze
Premier roman
Hazel, adolescente solitaire, vit une existence nomade au gré des affectations de son père, un gendarme strict et autoritaire. Ils sont à peine arrivés à Ici – village aussi enclavé dans sa géographie que dans ses mœurs – qu’un meurtre est commis. Face à la pauvreté d’esprit et au masculinisme exacerbé des habitants, Hazel décide de mener sa propre enquête au cœur des montagnes.
Mont des Ourses est le récit de l’émancipation d’une jeune femme, à l’écoute de son instinct et de la nature. Un conte écoféministe singulier, qui tourne en dérision un patriarcat usé et prône l’affranchissement par l’imaginaire et l’humour.
Née en 1976, Émilie Devèze a suivi des études de philosophie et de lettres. Son intérêt pour la portée de la langue l’a conduite à travailler dans l’édition, la communication et l’enseignement du français – à l’étranger depuis une dizaine d’années
Le Matricule des Anges • Anthony Dufraisse
Elle s'appelle Hazel et c'est une ado qui fait le dos rond. Le zèle autoritaire de son géniteur, « imbu dascendant », lui pèse. Et plus de mère, morte, pour contrebalancer ce militaire de père. Car Monsieur est du genre gendarme strict, qui éduque sa môme à coups de trique : « Il la modelait casanière et domestique, docile, polie et absurde », écrit Émilie Devèze dans ce court premier roman vaguement délirant et assurément gourmand de mots-images. Cette autrice qui flirte avec la cinquantaine, cultive un style riche en trouvailles et tournures souriantes. Ici elle parle d'un « sac qui miaulait comme l'estomac d'un loup de conte ». Là, de « la chorégraphie natatoire » d'une grenouille et des « galets marouflés de vase ». Ailleurs, elle dit d'un imprévisible glissement de terrain après de fortes pluies:« La terre éponge s'apprêtait à l'éternuement ». Encore mieux, quand elle décrit fort bien « le strabisme châtaigne » du regard d'une laie. Bref, fine observatrice des êtres et des animaux ( un vrai bestiaire, ce livre ! ) , inventive et facétieuse dans son usage de la langue, Émilie Devèze nous séduit avec son histoire un peu foutraque qui a tout d'un conte moderne dans le décor paumé du lieu-dit mont des Ourses.
L’endroit, nouvelle affectation-relégation du père, serait accueillant si les habitants, portés à la consanguinité, se montraient plus hospitaliers. Un double meurtre sur place et l'enquête qui s'ensuit vont pousser Hazel dans ses retranchements. C’est-à-dire sur la voie d'une émancipation salutaire dont Mère-Nature sera l'accueillante nourricière. Les ombres chinoises que la gamine excelle à animer vont, d'une certaine manière (paysagère), prendre vie et la guider. Ce faisant, fado solo réfractaire reconfigure son rapport au monde sous le signe de la solidarité ( vous verrez avec qui). Si Émilie Devèze voulait avec espièglerie nous raconter un affranchissement écoféministe, eh bien c'est très réussi. Un premier roman vraiment réjouissant.
Le Dauphiné • Agnès Braisaz
Son livre Mont des ourses est en lice pour le Prix des libraires, et déjà en réimpression.Rencontre avec Émilie Devèze, qui a grandi dans les Alpes du Sud et signe un premier opus plein d’imagination et d’humour.
« Les lettres de mon moulin et Pierre et le loup, que j’écoutais en boucle, ont façonné mon esprit de gamine » confie Émilie Devèze qui, avec ce premier roman, est en lice avec neuf auteurs pour le Prix des libraires que 1200 professionnels décerneront d’ici le 14 mai. « J’ai toujours aimé les histoires », poursuit celle qui a fait une partie de sa scolarité dans les Alpes-de-Haute-Provence. « Je me souviens encore du bibliobus de Riez qui me permettait à chaque fois de faire le plein de livres. J’aimais les romans forts en émotion dans lesquels les enfants sont victimes des adultes comme Poil de carotte ou Vipère au poing »
Collégienne, son appétit pour la lecture est intact. Elle vit alors avec sa famille, à la suite d’une mutation professionnelle, à Saint-Bonnet-en-Champsaur. Son appétence est consolidée par ses professeurs de français du lycée gapençais Aristide Briand. Puis direction Aix-enProvence pour des études de philo. « Je me posais beaucoup de questions sur la vie », indique Émilie Devèze. Des études qu’elle complète, quelques années après – alors qu’elle est enseignante en langues étrangères aux États-Unis, puis en Asie et enfin, depuis 10 ans, en Espagne – par un master de lettres et un travail sur le conte. Ce master lui permet « de désacraliser la littérature. En fait, cela fait une vingtaine d’années que j’ai commencé à écrire, mais je le faisais pour moi. » Son Mont des ourses est venu naturellement. « J’avais envie d’évoquer l’autorité, l’adolescence et le rapport avec la nature. »
L’histoire ne dit pas si ce mont des Ourses est un bout de Champsaur ou d’Ubaye. Qu’importe la vallée ! Le lecteur en trouvera les détails sur le parcours. « C’est le principe du conte et j’espère que les adolescentes vont s’en emparer puisque c’est un conte écoféministe, hors du temps, qui leur donne une large place dans l’émancipation » , dévoile Émilie Devèze. Elles y découvriront un format de famille pénible, un père, gendarme rigide et sa fille Hazel, demoiselle solitaire refusant l’autorité, bien décidée à mener l’enquête et à défendre celle que l’on accuse.
ISBN : 9782373853155
Collection : La Grande Collection
Domaine : Littérature française
Période : XXIe siècle
Pages : 96
Parution : 16 janvier 2025